Jiriki concept clé dans le bouddhisme zen japonais

Jiriki est un concept clé dans le bouddhisme zen japonais qui signifie littéralement « pouvoir personnel » ou « force intérieure ». Il fait référence à l’effort et à la détermination individuels nécessaires pour atteindre l’éveil spirituel, par opposition à tariki qui désigne la « force de l’autre » ou la grâce du bouddha Amida dans le bouddhisme de la Terre Pure.

Dans la tradition zen, on considère que chaque être possède intrinsèquement la nature de bouddha, c’est-à-dire la capacité d’atteindre l’illumination. Cependant, cette nature est obscurcie par les illusions, les attachements et les conditionnements du mental qui nous font souffrir et nous empêchent de réaliser notre véritable essence. Le but de la pratique du zen est donc de dissiper ces voiles pour éveiller en soi la sagesse et la compassion illimitées.

Or, cet éveil ne peut pas nous être donné de l’extérieur par une puissance divine ou un maître, mais doit être réalisé par nos propres efforts. Comme le dit un fameux dicton zen : « Un bouddha ne peut que nous montrer la voie, c’est à nous de la parcourir ». C’est là qu’intervient le concept de jiriki, cette force de volonté, de courage et de persévérance nécessaire pour avancer sur le chemin spirituel malgré les obstacles.

Concrètement, cultiver le jiriki implique de s’engager avec détermination dans la pratique de la méditation assise (zazen), l’étude des enseignements, l’intégration de l’éthique dans la vie quotidienne et le service altruiste. C’est faire de son mieux à chaque instant, sans se décourager face aux difficultés ni se reposer sur ses acquis, dans un esprit d’humilité et de lâcher-prise.

La pratique de zazen est particulièrement importante pour développer le jiriki. En s’asseyant en silence, immobile, en observant les mouvements du corps et du mental, on apprend à apaiser le flot incessant des pensées, à développer la concentration, la vigilance et l’équanimité. On s’entraîne ainsi à rester présent et lucide dans l’ici et maintenant, sans se laisser emporter par les états mentaux négatifs.

Mais le jiriki ne se limite pas à l’effort personnel sur le coussin de méditation. Il s’exprime aussi dans la vie de tous les jours, en s’efforçant d’agir de façon éthique et compatissante dans toutes les situations, en cultivant la patience, la générosité, la gratitude et le discernement. C’est avoir le courage de faire face aux défis de l’existence avec équanimité, sans fuir ni se laisser abattre.

Le grand maître zen Dogen, fondateur de l’école Soto au Japon, insiste beaucoup sur l’importance du jiriki dans ses écrits. Pour lui, la pratique assidue est essentielle pour réaliser la voie du bouddha. Il écrit : « Étudiez la voie avec tout votre être, de tout votre cœur. Brûlez vos fausses conceptions dans les flammes du jiriki. Éveillez la bodhi [l’esprit d’éveil] et ne cessez pas avant d’avoir atteint le but ultime ».

Cependant, Dogen précise aussi que le jiriki ne doit pas être compris comme un effort égoïque de la volonté séparée, mais comme l’expression naturelle de notre vraie nature. Au fond, c’est la nature de bouddha elle-même qui s’éveille à travers nous lorsque nous pratiquons avec sincérité. Il n’y a donc pas de contradiction entre jiriki et tariki, entre l’effort personnel et la grâce du Dharma, les deux sont les faces d’une même réalité.

Comme l’explique le maître zen contemporain Shunryu Suzuki : « Nous disons jiriki, ‘pouvoir personnel’, mais en fait jiriki n’est pas le pouvoir égoïste de la volonté. C’est prendre la responsabilité de se réaliser soi-même en s’unissant et en se fondant avec la force fondamentale de la vie universelle. »

Ainsi, cultiver le jiriki ne signifie pas devenir un surhomme ou une surhumaine par la seule force de la volonté, mais plutôt s’accorder humblement à la Voie, se mettre à l’écoute de la sagesse inhérente à la vie et lui permettre de se déployer librement en soi. C’est faire confiance au processus de l’éveil tout en y mettant toute son énergie, sans forcer les choses mais sans rien laisser au hasard.

Le jiriki est donc une qualité essentielle à développer sur le chemin spirituel, un « carburant » indispensable pour avancer vers la libération. Mais c’est un effort qui demande de la patience, de la persévérance et de la foi. Car le processus d’éveil est mystérieux et ne peut être provoqué par la seule volonté égoïque. Il demande de pratique après pratique, années après années, de polir notre esprit et notre cœur, tel un diamant brut, pour qu’un jour il puisse refléter parfaitement la lumière de la réalité ultime.

Les obstacles sur cette voie sont nombreux – la paresse, le découragement, les doutes, l’orgueil spirituel notamment – et il est facile de s’égarer ou de stagner. C’est pourquoi le soutien de la communauté spirituelle (sangha), les encouragements d’un maître et la foi dans les trois joyaux (bouddha, dharma, sangha) sont si importants pour nourrir et raviver le jiriki lorsqu’il faiblit.

Mais en persévérant avec sincérité et détermination, en cultivant sans cesse l’esprit d’éveil dans la vie quotidienne, en s’abandonnant avec confiance au processus, l’illumination finit par se révéler d’elle-même, comme le fruit mûr qui tombe de l’arbre. On réalise alors que jiriki et tariki, effort personnel et grâce, étaient depuis toujours un, que le pratiquant, la pratique et le but ne font qu’un.

Comme le dit le maître zen Hakuin : « À l’origine, l’éveil et l’illusion ne font qu’un. Délaisser toutes choses, y compris l’éveil, voilà le véritable éveil. Seul existe l’Un, en dehors duquel rien n’existe. Comprenant cela, on est libéré de la naissance et de la mort. »

Puissions-nous tous cultiver inlassablement le jiriki pour réaliser notre vraie nature et œuvrer avec compassion au bien de tous les êtres. Puissions-nous marcher main dans la main sur ce merveilleux chemin du Dharma jusqu’à la libération finale. Puisse le joyau du zen briller en cette époque troublée et apporter paix et clarté au cœur de l’humanité.

A lire également